Vendres aux temps modernes (1492-1789)
1663 - Raymond Gouzet, premier maire de Vendres
L’histoire municipale de Vendres est intimement liée à celle de Raymond Gouzet, devenu en 1693 le premier maire de la commune. Son parcours illustre une période charnière de l’histoire de France, marquée par la réforme des institutions locales sous le règne de Louis XIV.
La naissance de la fonction de maire
Par un édit royal d’août 1692, Louis XIV décide de créer des offices héréditaires de maire afin de renforcer les finances du royaume. Jusqu’alors, Vendres était administrée par trois consuls désignés par le seigneur parmi les habitants de la communauté.
À partir de 1693, Raymond Gouzet devient le premier à exercer cette nouvelle fonction. Si les consuls continuent d’exister, le maire acquiert désormais un rôle prépondérant : il préside les assemblées, reçoit le serment des consuls, porte la robe rouge de sa charge et bénéficie de plusieurs privilèges attachés à cette fonction.
Un homme au service de la communauté
Bien avant son accession à la mairie, Raymond Gouzet s’était déjà illustré au service de Vendres.
Il participe notamment à l’établissement du nouveau compoix (cadastre fiscal), représente la communauté auprès des autorités provinciales et exerce à plusieurs reprises la fonction de premier consul.
Durant son mandat, il contribue à plusieurs projets importants pour la commune, parmi lesquels :
- le creusement du canal de Vendres afin d’améliorer les échanges et l’accès au grau ;
- l’agrandissement de l’église ;
- la mise en place de mesures sanitaires lors des épisodes de contagion, notamment le contrôle des arrivées par voie maritime.
Son action témoigne d’un engagement constant pour le développement et la protection de la communauté vendroise.
Une figure influente de son époque
Raymond Gouzet appartient aux familles les plus influentes de Vendres de la fin du XVIIᵉ siècle. Marchand de bois, propriétaire de plusieurs biens et terres agricoles, il dispose d’une situation qui lui permet d’acquérir la charge de maire, alors vendue sous forme d’office.
Dès son entrée en fonction, il défend les intérêts de la commune, notamment dans les différends opposant Vendres au seigneur de Pérignan concernant les droits seigneuriaux et la gestion de l’étang.
Il œuvre également à l’acquisition d’une maison destinée à accueillir la maison commune, la prison et l’école, tout en lançant la reconstruction du clocher de l’église.
Une famille qui a marqué l’histoire de Vendres
L’influence de la famille Gouzet s’étend bien au-delà de Raymond.
Plusieurs de ses descendants exerceront à leur tour des responsabilités importantes, notamment comme premiers consuls, chirurgiens ou maires de Vendres. Par alliances familiales, la lignée est également à l’origine d’autres familles ayant marqué l’histoire communale, comme celle de Jean Fages, maire de Vendres de 1842 à 1870.
Le nom Gouzet disparaît au XIXᵉ siècle, mais ses descendants sont encore présents aujourd’hui à Vendres et dans les communes voisines.
Un héritage historique
L’histoire de Raymond Gouzet rappelle les profondes évolutions de l’organisation municipale sous l’Ancien Régime et les origines de la fonction de maire telle que nous la connaissons aujourd’hui.
Premier maire de Vendres en 1693, il demeure une figure majeure de l’histoire locale. Son engagement, son sens du service public et son action en faveur de la commune ont durablement marqué le développement de Vendres et constituent une page importante de son patrimoine historique.
1700 - Le moulin de Vendres : témoin de l’histoire du village
Dominant le village, le moulin à vent de Vendres est l’un des éléments emblématiques du patrimoine communal. Construit au début du XVIIIᵉ siècle, il témoigne de l’importance de la culture des céréales et de l’activité meunière dans la vie quotidienne des Vendrois.
La construction du moulin
Une inscription gravée dans la pierre rappelle l’origine de l’édifice :
« Fait par moi Jean Cassan et le 10e jour de mai de l’année 1700 l’ai commencé. »
Originaire de Pérignan, aujourd’hui Fleury-d’Aude, Jean Cassan fait édifier ce moulin après avoir acquis un terrain situé sur le tènement de Grazel, particulièrement bien exposé aux vents dominants – aquilon, cers et marin – indispensables au fonctionnement d’un moulin à vent.
Marié à Marie Martin, petite-fille de Jean Martin, second consul de Vendres, Jean Cassan construit un moulin bladier, destiné à moudre les céréales produites par la communauté et les particuliers.
Un lieu chargé de mémoire
Avant la construction du moulin de Vendres, la famille Cassan était déjà liée au métier de meunier. Son frère Joseph exploitait le moulin de Puech Bandiès lorsqu’il trouva accidentellement la mort, en 1689, alors qu’il procédait au réglage d’une meule.
Pendant plus de deux siècles, le moulin a accompagné la vie agricole du village avant de cesser progressivement son activité.
Comme l’écrivait Alphonse Daudet dans Les Lettres de mon moulin :
« Puis, un matin, les ailes de notre dernier moulin se sont arrêtées de tourner… »
Une citation qui évoque la disparition progressive de ces moulins qui ont longtemps façonné les paysages méditerranéens.
Une nouvelle vie au XXᵉ siècle
Au début du XXᵉ siècle, le moulin connaît une nouvelle utilisation.
En 1920, il est loué par la commune à Léonide Rossignol afin d’y entreposer des fusées paragrêles, utilisées à l’époque pour tenter de protéger les vignobles des épisodes de grêle.
Cette reconversion témoigne de la capacité du bâtiment à s’adapter aux besoins de son époque tout en conservant sa place dans le paysage vendrois.
1720 - Lutter contre la peste à Vendres
La peste de Marseille de 1720 est la dernière grande épidémie de peste enregistrée en France. Elle fut propagée à partir d’un bateau en provenance du Levant, accostant à Marseille le 25 mai 1720. La cargaison constituée d’étoffes et de balles de coton était contaminée. A partir du mois de juillet l’épidémie se propagea hors de la ville. Elle menaça alors la Provence et le Languedoc. C’est pourquoi le 5 août le Bailly et les consuls de Vendres (conseil municipal de l’époque) reçurent des ordres de l’Intendance du Languedoc leur enjoignant de « veiller exactement pour empêcher qu’aucune barque n’approche de notre port de ne permettre ni souffrir dans le lieu qu’aucun passant ni mendiant ne s’y réfugie sans qu’au préalable ils ne soient munis d’un billet de santé […] puisque nous sommes que trop communiqués du malheur dont nous sommes menacés au sujet de la contagion de peste qui est actuellement en la ville de Marseille ». Quarantaine, attestation, rien de neuf sous le soleil vendrois depuis des siècles finalement…
