Vendres antique

Le Temple de Vénus, entre étang et Méditerranée

La villa romaine connue comme « Temple de Vénus » garde au long des siècles la magie de son promontoire. Bien protégée, au fond de l’étang ouvert sur la mer et accessible à la navigation, elle doit son nom aux seuls vestiges visibles d’un vaste établissement aujourd’hui enfoui. À ce carrefour stratégique de circulation maritime et terrestre, sur le pourtour très peuplé de l’étang, la villa remplace au Ier siècle de notre ère une ferme installée au début de la présence romaine, au tout début du Ier siècle avant J.-C. À la Belle époque romaine, les rives de l’étang, ponctuées de mouillages, sont bordées d’une suite de villas, installées sur le rebord du plateau ou parfois pieds dans l’eau, qui dominent un paysage typiquement méditerranéen. Dans un milieu de garrigue, où pointent pistachiers lentisques, genévriers cades, chênes kermès et pins d’Alep, les espaces cultivés ouvrent l’espace. Vignes, vergers et céréales s’alignent sagement, prés et pâturages s’abaissant jusqu’aux rives sableuses. Là, dans les roseaux où s’abrite tout un peuple d’échassiers et de canards, viennent s’apponter les barques des pêcheurs, ramasseurs de pectens, d’huîtres et autres coquillages de lagune que les découvertes archéologiques montrent tellement appréciés sur toutes les tables.

a3698f687eecd63ff06984db1aa9900f
b2a1898c211cf34fd387d56090c7bcb2

Une villa maritime au cœur du riche terroir biterrois

À une centaine de mètres des vestiges, prospections et images aériennes ou satellitaires ont localisé près du rivage, sur le tracé de l’aqueduc en partie conservé, le cœur enfoui du domaine : maison du maître, cours, bâtiments d’exploitation et logements des travailleurs. Éclaté sur plus d’1 ha, le plan laisse deviner l’emprise et les espaces de vie qui ont livré un matériel typique. L’ensemble s’est considérablement agrandi avec la construction de thermes luxueux, au plus haut du promontoire, qu’on gagne par des jardins à portiques ouverts sur la mer et la lagune, animés de statues et de bassins. La technologie 3D permet de redonner vie aux murs ruinés et de restituer en images l’une des somptueuses « villas maritimes » de la cité de Béziers, son paysage et son terroir. La villa est implantée au centre d’un riche domaine rural, qui a compté jusqu’à 200 ha, égalant les plus vastes connus dans la région. L’espace mis en culture est structuré par la géométrie cadastrale des champs et chemins dont les traces sont toujours actives. Dans les années 80 de notre ère, elle participe de la grande expansion économique du Biterrois, bénéficiant du boom viticole dont les profits ont dû financer les grands travaux engagés pour les nouveaux thermes. Aux côtés des céréales, oliviers et fruitiers, la vigne domine avec les crus biterrois, exportés jusqu’à Rome, et leurs fameux cépages, ancêtres de la clairette, des pinot, merlot et petit verdot. La pêche et l’exploitation des coquillages, dont les huîtres si recherchées, contribuent au prestige de ce « Port de Vénus » que chante le poète Ausone au IVe siècle.

Les thermes du Temple de Vénus

Le quartier balnéaire, installé à grands frais sur cette terre avancée dans les eaux, après aplanissement du promontoire, répond à un programme architectural où les propriétaires étalent leur rang et leur réussite sociale dans ses villas huppées qui bordaient le golfe marin. La priorité, être vus depuis la mer et voir jusqu’à l’horizon, participe de la dimension monumentale de l’ensemble (600 m2), longtemps conservé debout. Les imaginations sont frappées très tôt par la magie de ces vestiges. Lus comme un « temple » dédié à Vénus, déesse née de la mer, associée à la coquille par la mythologie et très populaire en Biterrois, les thermes sont explorés, reconnus et dessinés dès le début du 17e siècle. Depuis leurs terrasses où des espaces spécialisés sont réservés aux exercices sportifs, on passe aux bains qui assurent délassement et propreté. À l’intérieur, le chauffage, fourni par 2 fours, fonctionne par le sol (hypocauste) et par les murs, contribuant au confort et au bien-être qui tiennent aussi au luxe des lieux. Fresques, mosaïques et décors stuqués, dont les coquilles moulées produites à proximité, illustrent le milieu marin, qu’on aperçoit au loin. Suivant le parcours à option, on peut, le seuil franchi et passés les vestiaires, éventuellement aussi l’étuve, aller depuis la vaste salle chaude (37 m2), avec ses baignoires et son décor de coquillages, en passant par la tiède pour se rafraîchir progressivement, jusqu’à la pièce froide et à sa grande piscine où brille la blancheur du marbre.

393321ff298c8a255a07063ef79bbcce