Vendres à l'époque contemporaine (depuis 1789)
1851 - Résistance républicaine au coup d’État de Louis Napoléon Bonaparte
Le 2 décembre 1851, pour conserver son pouvoir et établir un régime autoritaire, le président de la IIème République Louis Napoléon Bonaparte déclenchait un coup d’État. Les républicains, et notamment ceux du Midi, en Provence et en Languedoc s’opposèrent à cet assassinat de la jeune République de 1848.
C’est pourquoi, ils prirent les armes pour s’y opposer.
A Vendres comme dans tout le Biterrois les sociétés républicaines se réunirent et se mirent en marche vers la sous-préfecture de Béziers.
La manifestation fut réprimée par la garde et on releva près de 70 victimes.
Dans les jours suivants, le pouvoir exerça une répression féroce.
Près d’une quarantaine de vendrois fut arrêtée et 29 d’entre eux furent transporté en Algérie les chaînes aux pieds et dans des conditions de vie très difficile.
Cet épisode marqua profondément le village.
Les Héritiers de ces déportés de 1851, dont le maire Ithier, firent construire en 1889 la Marianne qui orne notre place centrale, rappelant le souvenir douloureux de leurs aïeux dans la défense de la République et des valeurs de la Révolution Française.
1890 - Le lavoir, un monument emblématique du village
La place des lavoirs est un lieu de vie particulièrement important pour notre village.
Les pétanqueurs y pratiquent quotidiennement leur sport favori. Nombre d’évènements y prennent place tout au long de l’année, comme le dernier en date, la fête des vendanges. Nous nous y sommes aussi croisés lors de la boucle vendroise, de la transhumance, de la journée environnement Diversival, de la féria …
Cette vaste esplanade n’a pourtant pas toujours eu cette physionomie. Des recherches récentes menées aux archives départementales par Richard Vassakos, dans le cadre du projet de rénovation du lavoir, ont permis de retrouver le dossier de construction qui date de 1890-1892. Il s’agissait à l’époque de créer un lavoir fonctionnel et d’un plus grand volume, en remplacement de celui qui se trouvait devant l’actuelle mairie.
Le choix fut fait de le localiser en périphérie du village et de choisir des matériaux modernes et très utilisés en cette fin de XIXème siècle, sur le modèle des constructions Eiffel : charpente métallique, couverture en zinc et bassin en maçonnerie.
Des choix particulièrement heureux puisque plus d’un siècle après, le monument a gardé tout son charme et reste encore utilisé pour certaines animations.
1910 - La mise en place des premières retraites
Les archives d’une commune recèlent de documents qui traitent de tous les aspects de la vie civique et sociale d’un village. S’y plonger permet de voir que les débats d’aujourd’hui sont souvent des répétitions des discussions du passé.
Ainsi en va-t-il de la question des retraites qui occupe le devant de la scène depuis 3 mois. Dans nos archives, nous trouvons des documents qui évoquent la première mise en place d’un système de retraite.
La loi du 5 avril 1910 instaure une retraite obligatoire et générale pour tous les ouvriers et paysans selon une triple contribution : ouvrière, patronale et de l’Etat. Mais, le montant des pensions est extrêmement faible et surtout l’âge du départ soulève un tollé.
A l’époque, moins d’un tiers des ouvriers atteint l’âge de soixante ans et la moitié d’entre eux disparaît avant soixante-cinq ans : Paul Lafargue, dénonce « la retraite pour les morts !». La CGT et bien d’autres militants comme Jules Guesde s’opposent à ce qu’ils considèrent comme une hypocrisie et réclament une retraite à 60 ans.
Celle-ci ne sera obtenue que 71 ans plus tard avant d’être lentement grignotée depuis…
1922 - Le monument aux morts de Vendres était inauguré
Le monument aux morts de Vendres a plusieurs particularités. Il se trouve dans l’enceinte du cimetière, ce qui est loin d’être le cas dans de nombreuses communes et il est aussi un monument caveau. Cela signifie que les corps de plusieurs soldats reposent à l’intérieur du caveau qui est surmonté par le monument.
Tout cela trouve son explication dans la genèse de l’édifice. Ainsi, un comité pour « l’érection d’un monument aux enfants du pays morts pour un idéal de droit et de liberté » est créé à l’initiative des familles, d’anciens combattants et du curé de la commune.
En juin 1919, la campagne de souscription s’achève et le comité sollicite la mairie pour choisir le futur emplacement. Le lieu choisi est un espace vide correspondant peu ou prou à l’actuelle petite promenade.
Les élections municipales du 30 novembre 1919 et en décembre une demande de neuf familles pour inhumer leur proche dans le monument modifient le projet. Il est envisagé de construire l’édicule dans le cimetière, ce qui est acté en décembre 1920. Entre-temps, les formalités administratives et le financement retardent encore la construction qui débute en mai 1921.
Le monument choisi représente une allégorie de la victoire incarnée par une femme drapée d’une côte de maille et coiffée d’un casque de Poilu. Deux plaques de marbre, comportant les noms des 32 vendrois tués sont apposées.
Le monument est inauguré le 11 novembre 1922, il y a exactement un siècle, en présence de diverses autorités et avec le rituel républicain convenu.
Cet article s’appuie sur les travaux de Jean-Luc Bernadac, publiés dans la revue des amis de Vendres en 2018 et que nous remercions.
1940 - Les Vendrois dans la tourmente
Il y a 80 ans la France connaissait la plus grande défaite de son histoire.
Ce drame national toucha les Vendrois comme les autres. Après les mois de la « drôle de guerre » les nombreux mobilisés du village furent confrontés à la « guerre éclair ». Contrairement à une idée communément admise les combats furent violents avec près de 60 000 morts.
Henri Ithier, cité pour sa campagne de juin 1940 décéda l’année suivante. Beaucoup d’autres furent faits prisonniers et partirent pour 5 ans en Allemagne.
Enfin, Vendres fut aussi un terre de refuge puisque le village accueillit des lorrains puis des belges et des gens du nord fuyant les combats et logés chez l’habitant et dans les domaines viticoles de la communes. A la suite de cette défaite, le régime de Vichy, largement influencé par la pensée d’extrême droite de l’Action française mit en place un régime autoritaire qui devait prendre sa revanche sur la République dont Vendres subira les conséquences en 1941…
1944 - En février, un berger espagnol assassiné par les troupes nazies
Après l’invasion de la zone non occupée en novembre 1942, les côtes languedociennes furent mises en état de défense et Vendres fut occupée par de nombreuses troupes chargées d’empêcher un éventuel débarquement anglo-saxon.
À l’automne 1943, arrivent dans le secteur du sud de Béziers des troupes recrutées parmi les prisonniers de l’Armée rouge que les Allemands nomment les troupes de l’Est (Osttruppen). Ces soldats étaient surnommés les Hiwis (abréviation de hilfswillige qui signifie auxiliaire volontaire) par les Allemands, et appelés les « Mongols » par les populations occupées.
Ces troupes mal approvisionnées s’illustrent par une série de rapines et d’exactions qui poussent les maires des communes de Sérignan, Sauvian ou Vendres à protester auprès du sous-préfet de Béziers.
À Vendres, les propriétaires côtiers comme Antonin Palazy du domaine des Sablières ou celui du domaine de la Yole se plaignent des vols qui touchent leurs biens.
C’est dans ce contexte que des hommes appartenant probablement à l’Ost-Bataillon 666, stationné dans le secteur, s’en prennent à des civils afin de leur extorquer des subsistances.
Dès la fin du mois de janvier plusieurs vols sont commis au domaine de la Yole. Esteban Sansa est un berger d’origine espagnole qui s’occupait d’un troupeau venu de Cerdagne (Pyrénées-Orientales), en hivernage près du littoral héraultais.
Dans la nuit du 7 au 8 février 1944 il surprend des soldats en train d’essayer de lui dérober des moutons. Le troupeau de 300 têtes, appartenant à un propriétaire de Latour-de-Carol (Pyrénées-Orientales), hivernait au domaine.
D’après la presse, l’homme aurait été alerté par des bruits venus de la bergerie et aurait essayé d’intervenir. Une rafale d’arme automatique le touche en pleine poitrine et il est tué sur le coup.
L’événement eut un retentissement important à Vendres et dans les communes voisines où des violences avaient eu lieu dans les jours précédents.
La population réclama que des mesures de sécurité d’urgence soient prises. La presse régionale fit état du fait divers mais avec une ambiguïté savamment entretenue. Le journal royaliste L’Éclair, soutien du régime de collaboration de Pétain, publia un article relatant le méfait d’une « bande organisée qui terrorise la région et a voulu s’emparer des moutons ». Mais, l’information fut insérée dans une rubrique plus large en première page, évoquant la répression du banditisme et du « terrorisme ».
La propagande du régime dissimulait ainsi un crime de l’armée d’occupation tout en essayant de discréditer la Résistance par un amalgame fallacieux.
1944 - La libération de Vendres
Cette Libération ne fut pas anodine pour notre village. En effet, situé sur le littoral Vendres était occupé par plusieurs compagnies d’infanterie allemandes et par des batteries d’artilleries chargées de repousser un éventuel débarquement sur nos plages. Celles-ci, minées, hérissées d’obstacles et de blockhaus étaient devenues inaccessibles.
L’occupation était une oppression du quotidien comme en témoignent l’assassinat par des troupes supplétives allemandes du berger Esteban Sansa à La Yole et la déportation d’André Rossignol, passé par le camp de Dachau. Un autre vendrois d’origine, Lucien Bonnet, chef de la résistance en région lyonnaise était fusillé le 16 juin aux côtés de Marc Bloch.
A partir de juillet les alertes aériennes se multiplièrent dans la région et des vendrois furent évacués dans l’arrière-pays. Le débarquement de Provence provoqua au mois d’août le départ des occupants.
Le danger fut alors au plus haut. Les colonnes en fuite étaient aux aguets d’éventuels résistants et un drame aurait pu se produire à plusieurs reprises.
D’abord quand un soldat allemand isolé fut tué par le cafetier du village puis lorsque une colonne se mit à tirer sur les façades des maisons durant sa traversée.
Irénée Baptiste et quelques-uns de ses camarades vendrois partirent harceler les colonnes allemandes en retraite dans l’arrière-pays. Au cours de l’une de ces actions, il trouva la mort le 25 août.
Au village, on procéda au rétablissement de légalité républicaine avec la fin du régime d’extrême droite de Vichy et le retour du maire élu Aimé Mathieu à la tête d’un comité de Libération.
1962 - La mémoire des combattants d’Algérie
Le 19 mars 1962, entrait en vigueur le cessez-le-feu marquant la fin des affrontements entre l’Etat Français et le mouvement indépendantiste algérien, le FLN. Cette guerre coloniale qui ne disait pas son nom avait mobilisé des centaines de milliers de jeunes français effectuant leur service militaire. Au total, plus d’un million d’appelés furent envoyés en Afrique du Nord entre 1954 et 1962 pour un service de 18 à 36 mois. Cette mobilisation de masse fut la dernière de l’histoire de France et bien évidemment, avec près d’une trentaine d’enfants du village sous l’uniforme, Vendres fut concernée.
Ce drame colonial engendra bien des souffrances pour tous les acteurs impliqués et la fin du conflit ne marqua pas la fin des douleurs. Néanmoins, aucun jeune vendrois ne fut tué durant cette période. Cette dernière « génération du feu » revendiqua rapidement ses droits en se regroupant en association au sein de la fédération Nationale des anciens combattants d’Algérie. (FNACA). Le statut d’ancien combattant fut accordé en 1974, la reconnaissance du fait qu’il s’agissait d’une guerre fut officiel en 1999 et la reconnaissance du 19 mars comme date de la fin des combats en 2012…
La FNACA vendroise fut créée en 1982 et participa à ce travail de mémoire. Plusieurs dizaines de membres en firent partie au fil de la croissance de la commune. Son action fut soutenue par la municipalité de Guy Diaz qui inaugura le square du 19 mars en 1996.
60 ans après ce drame et à l’heure où le bruit des bottes refait son apparition, il est plus que jamais impérieux de se souvenir de ces évènements pour ne pas emprunter les chemins terribles de la guerre. Il est également primordial de faire face à ceux, qui, oublieux du passé, se plaisent à exciter les querelles de mémoires et à jeter du sel sur les plaies quand il faudrait apaiser et réconcilier.
1977 - Retrouver les noms de rues en occitan
Pendant très longtemps, les dénominations des rues de la commune sont restées spontanées. C’est-à-dire qu’il s’agissait de noms d’usage qui n’avaient jamais été normés. En 1977, face aux besoins des PTT pour la distribution du courrier et dans un souci de rationalisation, les rues du village ont été officiellement baptisées.
Attachés à la culture occitane, à sa préservation et à sa promotion, les élus chargés du patrimoine ont sollicité l’association « Les amis de Vendres » et Jean-Luc Bernadac son président pour retrouver ces noms usuels perdus.
Au fil de ces recherches, sont apparus des noms simples et pittoresques reflétant la réalité du vieux village d’autrefois.
Ainsi, le Camin noù n’est autre que l’actuelle rue de l’Egalité, la passejada, en français la promenade correspond à la grande place du 14 juillet, quant à la carriera de la comuna, elle rappelle la présence de l’ancien hôtel de ville dans ce qui est devenu… la rue de la Commune.
Les rues Tony Palazy et Irénée Baptiste étaient plus couramment appelées la carriera drecha ou rue droite alors que la rue Jean Jaurès, qui était une place jusque dans les années 1930, était connue sous le nom de la Plaça.
A la suite de ce travail, et comme c’est le cas dans de nombreuses communes du midi, une double signalétique sera mise en place au cours de l’année 2022 pour restituer le souvenir des appellations et faire vivre notre belle langue occitane.
1979 - Le Mimosa : l’histoire d’une épave devenue un site emblématique de Vendres-Plage
À environ 500 mètres au large de Vendres-Plage repose l’épave du Mimosa, un cargo grec de près de 80 mètres de long qui s’est échoué lors d’une violente tempête en janvier 1979.
Visible depuis le littoral, cette épave a donné son nom au secteur de plage situé face à son lieu d’échouage et fait aujourd’hui partie de l’histoire maritime de la commune.
Le naufrage du Mimosa
Dans la nuit du 18 janvier 1979, en pleine tempête, le cargo est signalé à la dérive avant de s’échouer non loin du Grau de Vendres.
Le navire transportait principalement plusieurs milliers de tonnes de légumineuses, notamment des haricots secs, ainsi que de la farine pour animaux, du coton et des peaux de mouton.
Malgré des conditions météorologiques particulièrement difficiles, l’ensemble des 27 membres d’équipage, de différentes nationalités, est secouru.
Les conditions de mer empêchent toutefois toute tentative de renflouement et le bateau finit par se briser en deux.
Une épave longtemps dangereuse
Pendant de nombreuses années, une partie du navire est restée émergée, constituant un danger pour la navigation.
Plusieurs embarcations sont venues heurter l’épave malgré sa signalisation, provoquant différents accidents.
Afin de sécuriser définitivement la zone, la proue du cargo a été découpée en août 2020 par des plongeurs-démineurs de la Marine nationale. L’opération, réalisée avec le soutien du BSAD Jason, a permis de retirer près de deux tonnes d’acier, ensuite acheminées vers un centre de traitement des déchets.
Aujourd’hui, une bouée de danger isolé matérialise l’emplacement de l’épave. Il est interdit de pénétrer dans un rayon de 100 mètres autour de cette zone.
Un récif artificiel devenu refuge pour la biodiversité
Au fil des années, le Mimosa s’est progressivement transformé en un véritable récif artificiel.
Sa structure accueille désormais une importante biodiversité marine. De nombreuses espèces de poissons, de crustacés et d’autres organismes marins y trouvent un refuge, faisant de ce site un espace particulièrement riche sur le plan écologique.
L’épave constitue aujourd’hui un élément singulier du patrimoine naturel sous-marin de Vendres-Plage, où l’histoire maritime rejoint la préservation de la biodiversité.
Un patrimoine à connaître et à respecter
Le Mimosa rappelle l’histoire maritime du littoral vendrois tout en illustrant la capacité de la nature à se réapproprier les ouvrages créés par l’homme.
Pour des raisons de sécurité et afin de préserver cet espace naturel, les usagers de la mer sont invités à respecter la réglementation en vigueur et à ne pas pénétrer dans le périmètre de sécurité matérialisé autour de l’épave.
1984 - Année historique pour le rugby vendrois
Il y a 40 ans un petit village de 800 habitants accédait à la première division française de rugby.
Vous ne rêvez pas, le Stade Olympique Vendrois, puisque c’est de lui qu’il s’agit, devenait le plus petit club de l’élite du rugby français.
Une élite bien plus large qu’aujourd’hui, certes, mais la taille de l’exploit était inversement proportionnelle à celle du village. Cette accession fut une épopée digne d’un village gaulois, car une fois la montée acquise, il fallait décider si elle était possible.
C’est dans un foyer des campagnes comble que se réunirent le maire, les dirigeants du club, les joueurs et la population pour le décider et trouver les sous… C’est dans une clameur unanime que tous décidèrent « de prendre la montée » malgré les difficultés. C’est ainsi que Vendres passa pour la première fois sur FR3 et que la saison s’écoula, difficile… L’aventure fut malgré tout menée jusqu’au bout et laissa un souvenir marquant.
La mémoire de cet exploit a d’ailleurs été célébrée de fort belle manière le 10 novembre dernier à l’occasion d’un match de gala et d’une grande journée rugbystique. Les anciens de 1984 purent ainsi se retrouver et fêter dignement cet évènement.
A cette occasion, le rond-point de l’école a reçu officiellement le nom de Pierre Fouilhé, dirigeant, entraîneur et fondateur historique du club, qui était présent lors de cette fameuse année 1984.
1987 - VENDRES, FUTURE PORTE DE L’ESPACE
C’est une histoire qui peut paraître délirante mais pourtant elle est belle et bien réelle.
Au mitan des années 1980, le gouvernement songe très sérieusement à installer une base de lancement spatiale, on dit cosmodrome à l’époque, sur le site de l’étang de Vendres.
Grâce aux archives du général Louis Barthès, amicalement prêtées par sa fille Françoise Quémy, notre connaissance de cette affaire du cosmodrome Vendrois s’est particulièrement étoffée.
L’idée d’un cosmodrome européen a germé lors du congrès international d’astronautique de 1983. Dans la foulée un comité scientifique a été constitué. Présidé par Louis Barthès et soutenu par l’astronaute Patrick Baudry, il devait vérifier la faisabilité technique du projet. En 1987, la presse puis le monde politique se saisirent de la nouvelle.
L’enjeu est de taille, on parle d’un Cap Canaveral français avec toutes les retombées économiques que cela pourrait générer.
Cependant, les difficultés techniques puis les retards pris dans les projets d’avions spatiaux mirent fin à cette idée. Pendant quelques mois cependant, Vendres était devenu le centre de toutes les attentions de la communauté scientifique et aérospatiale française et européenne …
1990 - Le Port du Chichoulet (IDANH)
UN SITE RARE DANS UN PAYSAGE PRÉSERVÉ
De mémoire d’homme, ce port arbore un joli nom, celui d’un petit oiseau, le Chichoulet. Niché à l’extrémité sud du département de l’Hérault, au grau de Vendres où l’Aude, qui n’a rien d’un long fleuve tranquille, rejoint la mer.
Au cours des siècles, le lit du fleuve, qui alimentait l’étang, s’est déplacé, sans cesse remodelé par la violence des crues ou par l’action des hommes, soucieux de préserver l’accès à la mer du port antique de Vendres et, en temps d’épidémies, de faire entrer l’eau salée dans l’étang pour chasser les moustiques, vecteurs de malaria. Face aux « Cabanes » de Fleury, le Chichoulet, qui n’a longtemps abrité que quelques barques à proximité d’anciens marais salants depuis longtemps abandonnés, accueille aujourd’hui le nouveau port de Vendres, qui a eu trente ans en 2020. Port conchylicole, port de plaisance et port à sec, on y croise sur ses quais, pêcheurs, promeneurs et touristes à l’abri de la tour de la capitainerie ou aux tables accueillantes des restaurateurs.
Tout a commencé à l’embouchure chère à ses pêcheurs à la ligne, dans ce havre de nature préservée. Ses vastes espaces, désormais protégés par le Conservatoire du Littoral, offrent depuis la plage de sable fin, la dune où les oyats piègent infatigablement le sable éolien, en passant par les salicornières, ponctuées de lagunes salées, paradis des tamaris, aigrettes et flamants roses, jusqu’aux bois de pins maritimes qui annoncent l’entrée du marais et la zone touristique de Vendres, discrète et bien intégrée à l’environnement.
DU RÊVE À LA RÉUSSITE ÉCONOMIQUE
Les ruses de l’histoire et l’avidité des aménageurs du littoral ont nourri sur ce site qui présente de fortes potentialités l’imagination et les rêves des gens de pouvoir au cours d’un XXe siècle riche en projets démesurés. Générant une série de propositions grandioses – « La Nouvelle Floride » du général de Gaulle, la station « Nysa » de Roland Castro, une centrale nucléaire, une base de lancement de fusées, le nouveau Kourou cher à Georges Frêche – ces rêves mégalomaniaques se soldent par autant d’échecs.
Et ce n’est qu’à la fin du XXe siècle que le génie des lieux, servi par l’utopie de visionnaires enracinés dans la population locale, oriente alors vers le développement des ressources naturelles traditionnelles – pêche et conchyliculture – qui peuvent revendiquer une reconnaissance bimillénaire comme l’attestent, à l’ancien port de Vendres, dans les ruines du temple de Vénus, les grandes quantités de coquillages découvertes (huîtres, pagellines...).
Là, le projet de cité lacustre « au fil de l’eau », conçu en 1988 et vite abandonné, a heureusement laissé une trace dans les mas, conçus en 1992 par Roland Castro. La rigueur de leurs lignes s’oppose à l’agitation des départs et retours des équipages, prêts à détroquer, laver, ensacher, peser, et à commercialiser coquillages et poissons que vendent aujourd’hui boutiques et restaurants dans le va-et-vient des promeneurs et le passage des bateaux de plaisance.
Contre vents et marées, la pugnacité des acteurs, par delà la coopération initiale, a construit la base conchylicole sur la pointe de Chichoulet, en ce lieu où une martellière, au débouché du canalet, garde la mémoire du grau qui ouvrait l’étang sur la mer. Un développement économique fort s’est ainsi durablement imposé au sein d’un paysage préservé.
UN ÉLEVAGE BIO EN MER OUVERTE
C’est là l’aboutissement d’une histoire exceptionnelle où des hommes ont pris leur destin en main afin d’imposer leurs projets de conchyliculture en mer ouverte, au prix de choix difficiles où la technique de la « filière » a été finalement retenue. L’image portée par le mot dit bien ce qui constitue la colonne vertébrale de l’installation : une longue corde de 200 m, maintenue horizontale à 10 m de fond, lestée par des blocs de béton et soutenue en surface par des bouées. Cette structure souple présente l’avantage d’accompagner les mouvements de la houle et de résister aux tempêtes fréquentes en ce coin, plus remué qu’on le croit, de Méditerranée.
Le travail en mer y est dur. Tandis qu’avance la barge sous la filière, qu’elle tire en surface, les conchyliculteurs peuvent attacher des cordes munies des pochons de naissain ou en retirer les cordes portant les moules commercialisables. Ici on ensemence, là on récolte.
En conjuguant tourisme raisonné et valorisation des ressources locales, moules et huîtres, la démarche de développement durable mise en œuvre au Chichoulet retrouve la tradition deux fois millénaire où les plaisirs de la mer s’alliaient déjà à la culture de coquillages renommés, quand « les huîtres nourries au port de Vénus », à Vendres, comptaient parmi les crus recommandés dans le monde romain. Noble héritage pour les paysans de la mer que sont, à leur manière, les conchyliculteurs vendrois.
1996 - La belle histoire du jumelage Vendres-Harnes
Connaissez-vous l’origine du jumelage entre Vendres et Harnes ou comment une commune du bas Languedoc viticole et une autre du bassin minier du Nord-pas de Calais ont-elles mêlées leurs destinées ?
Pour comprendre, il faut remonter dans le temps.
En 1996, l’Hérault a subi de terribles inondations.
La municipalité de Harnes décide alors d’aider le village durement touché, en faisant parvenir une aide financière de 1 franc par habitant (soit 14353F) et de dépêcher sur place une quinzaine de jeunes bénévoles du CAJ, encadrés, qui aideraient au nettoyage. Les jeunes ont été logés sur place et c’est ainsi que de profondes relations d’amitié se sont développées entre les deux communes.
De jeunes Harnésiens ont participé aux vendanges vendroises, des familles d’accueil ont été instaurées dans les deux communes, des écoles harnésiennes sont parties en classe verte au domaine des Sablières sur notre littoral et la ville de Harnes a acquis une maison de vacances, « la maison des Claquots », dans laquelle s’est installée l’épicerie en 2018.
Des relations d’échanges se sont nouées de façon régulière. Les Harnésiens participent notamment à la feria du mois du juin avec notamment leurs fameux paninis au maroilles et leur non moins fameuse bière Ch’tis appréciée par nombre de vendrois qui s’en souviennent souvent les jours qui suivent.
Régulièrement, des délégations vendroises participent au marché de la Saint-Nicolas à Harnes, même si la fréquence s’est un peu étiolée ces dernières années. La visite d’une délégation à Harnes au cours du mois de décembre a participé à la relance de ces échanges et nul doute qu’avec de bonnes volontés et cet appétit d’ouverture qui caractérise les vendrois, ce beau jumelage Nord-Sud a encore de belles années devant lui.
